"Vous n'êtes pas défini par votre TDAH, ma fille. Vous êtes défini par votre cœur, votre esprit et vos rêves"

Anonyme

Témoignages

Le témoignage d'Egon

Souvenir de la maternelle

« Je n'aime pas aller à l'école. En été lorsque le ciel est bleu, on joue dehors, le soleil brille fort. Il se reflète partout sur le métal des toboggans et des jeux, c'est dérangeant, perturbant, ça plaque sur les yeux et la tête. L'école a une odeur dérangeante, fréquente. Un mélange de loques mouillées, de toilette, une sorte d'aigreur avec parfois un ton d'agrumes. Je n'aime pas, surtout quand il pleut où l'odeur est plus forte, elle me déprime et me dégoute. Les chaises et les tables en bois ont une texture lisse au toucher, c'est agréable de faire glisser ses doigts dessus. Mais par contre ça fait du bruit quand on les range en fin de journée. Des glissements forts, frénétiques, ça se cogne, ça tombe sur le sol.

En hiver, je n'aime pas le froid, il pique et j'ai l'impression qu'il s'insinue partout entre mes vêtements.

Je n'aime pas le bleu pastel des murs, c'est déprimant, c'est moche.

Les plis des vêtements me dérangent, surtout aux chaussettes. Les vêtements me grattent et piquent, tout au long de la journée, ça me déconcentre parfois.

On a fait de la crème au chocolat, au soja. Ça a un goût de plastique, qui prend tout le palais, j'ai du mal à finir. Pourquoi les autres arrivent à manger cette infâme purée granuleuse avec ces gros bouts de saucisses au goût fort ? Moi, je m'en mets plein la bouche, mais je mets beaucoup de temps pour manger.

Régulièrement, on utilise de la colle, l'odeur est partout, elle pique un peu. Elle se mêle à l'odeur du papier. Je ne sais pas si j'aime ou non. Les lampes jaunes sont fortes, je n'aime pas leur couleur. C'est trop fort, ça plaque tout, c'est fatigant en fin de journée.

En primaire

Je ne joue pas avec les autres, je ne comprends pas leurs jeux. À chaque récré, je reste debout à la même distance de la porte. J'attends, je ne comprends pas les autres, comment font-ils. Je ne sais pas comment faire, ce qu'il faut dire. Je parle tout bas, le moins possible. Je me déplace de manière engourdie, comme si un exosquelette limitait mes mouvements. Regarder dans les yeux, impossible, je regarde le sol.

En secondaire

En secondaire, l'école est énorme, il y a trop de monde, trop de bruit, le rythme est changé. Je sais que je suis différent, l'isolement est habituel. L'adolescence n'aide pas, autant pour me comprendre moi que pour comprendre les autres. La fatigue s'accumule, trop de tout. Un jour, c'est fini, je peux plus.

La pédopsychiatre m'a donné une nouvelle pilule. Le soir, ça me rend euphorique. Puis un soir, dans mon lit, mes jambes bougent toutes seules. Le lendemain, je sens cette réaction partout, puis ça devient des contractions, usantes, fatigantes, à la limite de la douleur.

Les cours à la maison c'est l'idéal. Plus de fatigue. En 3e je réessaie l'école en option artistique. C'est mieux, je mange et passe mes récréations dans un bureau, mais la fatigue reste là. Stress, anxiété. Je continue le reste à la maison.

Je me sens compris pour la première fois lors des tests pour l'autisme. Maintenant, je sais pourquoi je suis comme ça. Pour l'école, j'ai travaillé comme j'ai pu afin d'avoir le CESS et d'être tranquille. Avec la psy j'ai progressivement réussi à m'extérioriser.

J'aime apprendre des choses, mais pas de la manière enseignée à l'école. »

Egon

Le témoignage de la maman de M. (TDAH)

Depuis la 3e primaire de notre fils M., les devoirs sont source de tensions et conflits au sein de notre famille, c'est d'ailleurs ce qui nous a poussé à consulter une neuropédiatre.

Notre fils a été diagnostiqué TDAH à l'âge de 8 ans, nous avons eu beaucoup de mal à le faire comprendre dans son école car pour eux « tout allait bien ».

En effet, M. a toujours su « canaliser » son énergie et sa concentration à l'école, mais une fois à la maison, la tempête émotionnelle commençait.

Au fil des années, après de nombreux rendez-vous chez divers professionnels et beaucoup de lecture, la mise en place d'aménagements raisonnables, nous avons appris à gérer (avec plus ou moins de résultats) les émotions de notre fils, et les nôtres aussi.

Ses résultats scolaires ont toujours été assez bons mais l'entrée en secondaire a été un peu « compliquée », gros établissement, changements réguliers de locaux et de profs, changement de rythme et matières qui se complexifient. La première période ne s'est pas trop mal passée, mais nous avons remarqué quelques petits échecs en math et science avec une moyenne de 12 pour ces deux cours lors de la première période.

L'étude devenait à nouveau une source de tensions et de conflits car il faut toujours être le moteur de M. pour sa mise à l'étude et l'organisation de son travail. Évidemment le travail en secondaire étant plus conséquent et régulier la tâche lui semblait plus compliquée.

Grâce à l'ASBL « La Terre d'Egon » M. travaille deux fois une heure par semaine avec Ives en math et science principalement. Les résultats sont très satisfaisants au niveau des notes (il est passé de 12 à 16 en math et en sciences), en tant que parents nous sommes beaucoup plus apaisés car il y a moins de matière à gérer et nous pouvons nous concentrer sur le reste du travail.

Ives a une patience que nous n'avons pas (plus) toujours et prends le temps d'expliquer et de revenir sur les erreurs afin que celles-ci soient bien comprises. Notre fils est plus serein et améliore sa confiance en lui au vu de ses résultats. Cette solution est un réel soulagement car il y a moins de tension au sein de la famille, ce qui nous permet de passer du temps de meilleure qualité avec lui et de dégager du temps pour sa petite sœur.

Le témoignage de Lisa sur la phobie scolaire

Je suis Lisa, une jeune femme de 25 ans, je travaille dans une épicerie locale proche de chez moi. Passionnée de sport, de nature, j'aime découvrir sans cesse de nouvelles aventures. Je suis la cousine d'Egon et je fais partie de l'ASBL «La Terre d'Egon».

 Aujourd'hui, j'apporte mon témoignage, car à l'âge de 6 ans, j'ai développé une phobie scolaire causée par le harcèlement venant d'un groupe de garçons présent dans mon école. Une petite fille, un peu trop ronde, avec des facilités à l'école, ne leur plaisait apparemment pas.

Cette phobie a duré deux ans. Deux ans où, même aussi jeune, j'avais l'impression de vivre l'enfer sur terre. Aller à l'école était un supplice chaque jour. Je faisais des crises d'angoisse tous les jours et des crises de tétanies. J'avais peur de mourir. Même en rentrant à la maison, c'était difficile. Leurs mots me poursuivaient et chaque soir et je redoutais déjà le lendemain.

Lorsque maman me conduisait à l'école, c'était un combat journalier entre elle et moi. Elle m'y emmenait, mais je priais intérieurement pour qu'elle ne le fasse pas. Je me rappelle avoir essayé de m'enfuir et d'être restée tétanisée au milieu de la route. La peur me tétanisait.
La plupart du temps, je finissais par rentrer à la maison sans pouvoir y aller. Le sentiment de culpabilité était intense. Je m'en voulais de faire vivre ça à toute la famille. Parce que ça touche l'enfant, mais aussi tout l'équilibre familial.

L'équipe pédagogique n'a, malheureusement, pas été d'une grande aide. Pour eux, c'était forcément à la maison que quelque chose n'allait pas. Ils ne voulaient pas croire que quelque chose se passait dans leur établissement. Ils m'ont déjà laissé pleurer dans la classe pendant des récréations entières. J'en venais même à vomir.

Nous en sommes arrivés à faire l'école à la maison. Maman m'a donné cours à la maison pendant deux ans grâce à l'enseignement à distance. J'ai été suivi par une pédopsychiatre de mes 6 ans à mes 18 ans et par une psychologue. J'ai dû également consulter une hypnothérapeute à l'adolescence pour arriver à chasser des images qui me hantaient. J'ai été mise sous antidépresseur à l'âge de 8 ans. J'en ai toujours à l'heure actuelle. La phobie scolaire a duré deux ans, mais ça laisse des traces toute la vie.



J'ai refait une deuxième phobie scolaire en secondaire. Cette fois, on m'a retiré de l'école tout de suite. J'ai de nouveau fait l'école à la maison via l'enseignement à distance, mais cette fois, seule. C'était vraiment difficile de suivre. Au bout d'un an, j'ai pris mon courage à deux mains, et j'ai décidé de reprendre l'école avec un aménagement de mon horaire et de façon progressive. Avec beaucoup d'efforts et de soutien de ma famille, j'ai réussi à terminer mon cursus scolaire et à décrocher mon CESS avec le prix d'excellence et en y allant avec des horaires classiques.



Aujourd'hui, j'ai une vie «normale» d'une jeune femme de 25 ans, avec encore parfois quelques traumas de ces années compliquées. Le harcèlement reste encore un sujet sensible pour moi. C'est pourquoi cette ASBL me tient à cœur.

Lisa